Ou les bonnes raisons pour aller au bout des choses

Non, malgré des apparences parfois trompeuses, ce n’est pas le titre d’un film coquin. Je vais essayer de faire le parallèle entre une dinde et la difficulté pour les entrepreneurs de mener à terme leur projet. Vous me direz si j’ai réussi mon pari dans quelques lignes. 
Ce texte m’a été inspiré par une discussion avec ma fille Messaline qui a du mal à finir ce qu’elle entreprend.

À l’approche des fêtes (action de Grâce en Amérique du Nord et Noël en Europe), des millions de gallinacés vont glouglouter une dernière fois avant de se retrouver dans nos assiettes. Comme l’immense majorité des gens ne fait cuire une dinde entière qu’une seule fois par an (et encore !), on ne peut pas dire qu’au moment crucial d’enfourner le bestiau, on ait accumulé une tonne d’expérience dans le processus. Ce qui rend celui-ci un peu stressant.

Comme dirait notre cher Fernand Raynaud, faire cuire une pintade demande « un certain temps ». Plutôt très long. Ce qui fait que si vous plantez la cuisson, vous n’aurez généralement pas le temps d’en cuisiner un autre. Et comme c’est le plat principal du repas, le clou du spectacle en quelque sorte, rater une dinde a des conséquences bien plus importante que de gâcher la cuisson des haricots verts.

Il existe de nombreuses façons de planter la cuisson d’une dinde (et je dois avouer en avoir fait quelques unes), mais la pire est, de loin, de ne pas la laisser cuire assez longtemps et que des morceaux crus attachent encore à l’os. Ouaip. Vous voyez où je veux en venir …?

Donc, même si la dinde n’est pas exactement comme vous l’aviez souhaité, il est important de s’assurer qu’elle est cuite à coeur. Après tout, il est probable que vous souffriez du « complexe du dindonneau », comme la plupart de ceux qui ont tenté l’expérience au moinsune fois dans leur vie, et que vous soyez très dur avec vous-même au moment de voir le résultat. Une dinde, même de mauvaise qualité, farcie à point et recouverte de sauce aux airelles sera toujours délicieuse. Surtout si les convives présents ce soir-là ont déjà deux verres ou plus dans le nez lorsque le plat arrive. Il est très probable qu’ils ne remarqueront pas les petits défauts.

L’erreur fatale serait donc, vous l’aurez compris, de ne pas sortir la dinde du four. Qu’elle soit trop cuite, sous-assaisonnée ou autre, il est primordial de terminer la cuisson un jour et de sortir la dinde du four.

La cuisson d’une dinde est une métaphore étonnamment pertinente pour l’ensemble de nos projets. Nous n’avons souvent qu’un ou deux grands projets sur lesquels nous travaillons au cours d’une année. Ils prennent beaucoup de temps et constituent généralement le « plat principal » de notre carrière.

La pire erreur que les gens commettent en général est d’accomplir environ 80% du parcours et de se rendre compte que cela ne s’est pas déroulé comme ils l’espéraient (mais est-ce que ça se déroule jamais comme on voudrait ?) Et là, ils le laissent dans le four symbolique : un projet réalisé à 80% avec des morceaux crus au milieu.
Ne faites surtout pas ça !

Alors, pourquoi certaines personnes laissent-elles la dinde au four ? Et comment éviter d’en arriver là ?

Je pense qu’il y a au moins deux raisons à cela. La première est que lorsque vous êtes sur le point de terminer un projet, vous commencez à penser à ce que les autres vont dire. L’auteur Steven Pressfield appelle cela « la Résistance », cette petite voix qui nous dit que nous ne sommes pas assez bons. Cette voix s’amplifie au cours du projet et prend toute la place sur la ligne d’arrivée quand on imagine ce que les autres vont dire ou penser.

L’autre raison essentielle est qu’au cours de la réalisation d’un projet, vous apprenez généralement de nouvelles choses. J’ai, par exemple, récemment écrit et auto-publié un livre de poésies et je peux vous dire que je ne suis que très moyennement content du résultat. Je me suis mis à InDesign, un logiciel professionnel d’édition et de graphisme. J’ai aussi appris toute la chaine de publication, de la relecture aux Bons à Tirer en passant par l’insertion des photos. J’ai tellement appris que je vois maintenant toutes ces choses que je ferais différemment si je recommençais à zéro.

Mais c’est un problème insoluble. Si je recommençais à écrire mon livre depuis le départ, j’apprendrais inévitablement quelque chose de nouveau et je devrais recommencer mon livre depuis le départ une nouvelle fois … Bref, pour paraphraser Léonard de Vinci : « Les projets ne sont jamais terminés, ils sont seulement abandonnés. »

Une façon de résoudre ce problème est de s’engager à, lorsque vous arrivez au taux de complétion fatidique de 80% du projet, IMMÉDIATEMENT sortir la dinde du four. Pour quoi faire ? Pour passer en mode Terminator : rien ni personne ne peut vous empêcher de finir ce que vous avez commencé.

Quand un de vos amis vous demandera à ce moment précis de mettre votre projet sur la glace pour venir l’aider sur son projet à lui, vous ne pourrez que vous souvenir des paroles de sagesse extrême de Fatal Bazooka (groupe mondialement connu) et vous leur répondrez :

Vous devrez vous concentrer de manière obsessionnelle sur votre projet avec une seule chose en tête : le terminer. Quoi qu’il arrive. Bien sûr, votre esprit vous jouera des tours : il essaiera de vous inciter à faire autre chose. Ne le faites surtout pas. Accrochez-vous. Vous en serez récompensé.

Un projet «presque terminé» est en fait aussi pourri qu’une dinde presque cuite : c’est dégueu et ça gâche complètement la fête.

Généralement, le profil de rentabilité des projets ressemble à ça :

Das certains cas, des parties d’un projet en cours peuvent être utilisées ailleurs (un livre presque terminé peut se transformer en articles de blog) mais la grande majorité de la valeur est réalisée à la fin. Faire 80% du chemin et s’arrêter au milieu du gué signifie généralement que vous avez effectué 80% du travail et que vous n’avez obtenu que 10 à 20% de la valeur.

Et même si la valeur escomptée au début du projet n’est pas au rendez-vous, il serait vraiment ridicule de ne pas franchir la ligne d’arrivée. Vous vous serez au moins entraîné pour votre prochain projet. Vous aurez des choses en plus à écrire sur votre CV.

La pire chose que vous puissiez faire est de « presque terminer » un projet et de le quitter.

Vous devriez toujours vous demander : « Est-ce que le monde (votre monde éventuellement) a changé grâce à mon travail ? » Si le monde n’est pas différent, vous n’avez rien accompli, peu importe à quel point vous y avez travaillé !

Alors, par pitié, sortez la p… de dinde du four !

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